Retour de Shanghaï 1/2

18 juin 2010

 Féerie pour une autre fois…
 
Ici, Mao, « Chairman of China » à titre posthume, demeure la tête d’affiche de la planche à billet. Vous êtes au pays du Yin et du Yang ! La démesure se compte sur le bout des gratte-ciel qui, depuis vingt ans, s’érigent à la cadence moyenne d’un nouveau building par jour.Shanghai se développe désormais sans concession : elle incarne fièrement la Chine du XXIe siècle ; même si les vitrines des beaux quartiers se gavent de marques de luxe occidentales. Petite compensation, diront certains, si l’on pense que « Made in China » est devenu la première marque du monde. Les feux passés au rouge ne sont ici qu’une illumination de plus. Ils n’arrêtent rien : ni le flot incessant des automobiles et des deux roues, ni le rythme effréné auquel Shanghai vous entraine. Comme chez Baudelaire, le « ciel bas et lourd pèse comme un couvercle ».
 
Le soir venu, les lumières de la ville le font briller d’une magnifique, sombre et luisante, lumière d’orage. A cette heure, depuis la majestueuse artère du Bund, où les années 1920-1930 sont restées gravées dans la pierre, la vue sur la pointe de Pudong, par-delà le fleuve, est une féerie de forme et de couleurs. A cet instant, pourtant, l’on ressent moins la puissance d’une ville que l’attraction d’un décor. Mégalopole d’une planète globalisée, Shanghai nous oppose un mirage aux racines incertaines. On ne peut alors s’empêcher de penser à New York, mètre étalon des villes building. New York est ancrée dans un réel qui nous fascine. New York nous raconte l’histoire d’une émigration planétaire et d’une immigration utopique ; elle est le sas de la vieille Europe vers le nouveau monde. Elle est à elle seule un morceau de l’histoire de l’Amérique, du jazz, du rock, de l’Art, de la guerre des gangs…
 
Tout cela a fini par former un chapelet monumental d’anecdotes, qui s’égrène à chaque coin de rue.Une grande ville, c’est d’abord une histoire à raconter au cœur de la grande Histoire. De quoi Shanghai est-elle l’Histoire ?
 
Vincent Lamkin