Retour de Shanghaï 2/2

19 juin 2010

Par Vincent Lamkin.

L’Exposition Universelle : vues de France – vues d’Amérique.

L’architecture puissante et aérée du pavillon français, que l’on doit à Jacques Ferrier, compte sans conteste parmi les plus abouties de l’Exposition Universelle de Shanghai, bien qu’elle ne produise pas l’émotion du pavillon britannique qui a la force d’une œuvre d’art. A l’intérieur, la France nous invite à un parcours dans la « ville sensuelle ». La déception est à la mesure de notre envie… Le fil rouge du parcours est bien ténu. Au final, on ne retient qu’une juxtaposition d’œuvres ou d’installations qui ne racontent aucune histoire, n’expriment aucune altérité avec notre hôte (alors même que les chinois représenteront plus de 90 % des visiteurs), n’articulent aucune vision, ni réflexion un peu construites en regard du thème général de l’Exposition (« A better city, a better life »). Le sentiment final est sans appel : la France joue les offices du tourisme pour vendre le « musée » France et quelques clichés du passé. Comme si nous avions abdiqué le désir d’être autre chose… Et d’abord celui d’être universel !

Encadrée par quelques policiers, notre délégation, menée par Jean-Pierre Raffarin, prend ensuite la direction du pavillon des Etats-Unis. Deux films se succèdent. Le ton est tout de suite donné. Là, l’Amérique, tantôt avec humour, tantôt avec emphase, parle aux chinois et au monde entier : elle exprime sa diversité, elle exporte sa fierté et ses entreprises, elle illustre ses valeurs et ses pôles d’excellence, elle ouvre des horizons… Tour à tour, Hillary Clinton et le Président Obama nous parlent. C’est l’Amérique !Cette force des Etats-Unis a aussi son revers, que le troisième et dernier film projeté nous révèle : un angélisme manichéen qui confine au simplisme le plus radical.

Le message, ici, n’est pas hors sujet mais ridiculement anecdotique, y compris pour ceux qui ont la tolérance d’en rester au niveau du symbole : une petite fille, à force de volonté, réussit à embarquer toute la collectivité de son immeuble pour faire d’une cour sordide un joli jardin. Tout cela est ficelé à la façon d’une production Disney. Cette pirouette allégorique permet à l’un des plus gros pollueurs de la planète d’esquiver les vrais et néanmoins complexes enjeux du développement durable à l’échelle de la ville : qu’ils touchent à la mobilité, à la maîtrise énergétique, aux comportements de consommation, à la conception et aux fonctionnalités des édifices, aux technologies « vertes » qu’ils mobilisent… 

Le lendemain soir, nous irons prendre un cocktail dans la propriété du Consul de France à Shanghai, Thierry Mathou. La bâtisse au charme colonial suranné et son jardin sont le cadre magique d’un savoir recevoir à la Française. Je suis d’autant plus dépité d’apprendre que la hausse du loyer nous conduira à abandonner l’an prochain ce « pavillon » diplomatique, qui participe de la représentation de la France, alors même que certaines régions ont manifestement des fonds pour financer des Maisons du tourisme, ici et ailleurs…