matière grise

Un autre regard sur le recyclage

5 juin 2013

 

Le photographe Alain Fouray vient de publier un magnifique ouvrage consacré au recyclage, qui se prolonge par une exposition à l’occasion des 10 ans de Corepile.

Vincent Lamkin, directeur associé de l’agence Comfluence, qui fonda et dirigea la revue Mécènes, a préfacé ce livre. Cette préface (reproduite ci-dessous) constitue ici une sorte d’introduction à ce nouveau travail d’Alain Fouray…

Re-cyclage, entre abstraction et figuration

Dans nos sociétés hypermodernes, le recyclage constitue un processus abstrait et même un peu mystérieux qui revient, en quelque sorte, à remonter le cours de la transformation industrielle. En explorant la matière recyclée, en nous conviant à regarder nos biens de consommation destitués de leur usage et à suivre ce processus de déconstruction, le photographe Alain Fouray nous livre de fascinantes images. La force première de celles-ci est de donner un « visage » sensible à cette matière, soudain figée, comme en transit entre deux objets. 

Ce qui fascine ici, c’est que l’alchimie du recyclage devient aussi, et c’est le pari de l’artiste, alchimie de l’œuvre d’art, dans un cycle sans fin de réinterprétation du même matériau.

A travers une sorte de clin d’œil au « ready made », mais à l’ère de l’ultra-consommation, Alain Fouray réinterroge aussi avec cette exposition le sens de nos objets manufacturés qui, dépossédés de leur fonction, nous imposent une énigme esthétique et métaphysique. Ici, ce n’est plus par son évidence policée que l’objet nous interpelle mais par sa capacité à se fondre dans une sorte de chaos de matières, de formes et de couleurs qui l’engloutissent et le rejettent : toujours neuf mais jamais totalement originel. Comme s’il devait désormais en aller de l’art comme de la société de consommation. 

Les images d’Alain Fouray ont ceci de paradoxal et d’éminemment artistique que leur réalisme radical nous ouvre, par analogie, des portes inattendues sur des mondes parallèles, familiers ou mystérieux, où abstractions et figurations nourrissent notre imaginaire.

Certains capteront, dans ces abstractions là, le cubisme bleu gris d’un Picasso, les compressions colorées d’un Arman, la trame d’un Giacomelli, l’aspérité violente d’un Pollock, les collages d’un Hantaï…

D’autres y verront figurés, inattendus, comme une apparition surréaliste ou poétique, l’œil hagard d’un rouget barbet, le plissé soyeux d’une robe bleu-roi, le sol aride et volcanique d’une terre insulaire… 

Parfois, la couleur prime sur la matière, parfois c’est la matière qui impose sa lumière et sa texture. Parfois, comme sur un mur saturé d’affiches déchirées dont il ne reste plus rien, surgit une image incongrue – au milieu d’un univers qui a quitté celui de nos représentations ordinaires.

A vous de voir…

Vincent Lamkin