matière grise

« La bonne décision se précède d’une vision » Robin Rivaton

3 juillet 2014

Robin Rivaton, économiste et membre du conseil scientifique de Fondapol, décrypte les conditions de succès des décisions politiques : une bonne décision doit nécessairement s’inscrire dans une stratégie globale.

Pour Robin Rivaton, « Faire la décision aujourd’hui, c’est procéder de manière beaucoup plus collective que par le passé. On le voit bien dans tous les domaines de la société, la foule émerge en tant qu’acteur de la décision. Néanmoins, ce facteur collectif ne doit pas empêcher les décideurs de prendre leurs responsabilités. Assumer la décision, ce n’est pas toujours évident et d’autant moins que, face à vous, se trouve une foule éclairée. Il y a un décalage entre ce que les gens pensent et ce que le pouvoir politique ressent et veut faire. Si actuellement, on parle d’abstention, de vote contestataire, ce n’est pas tant dû à un rejet de la démocratie en tant que tel, mais plutôt parce que les gens n’ont pas face à eux l’offre politique qui leur convient. Le pouvoir politique a encore beaucoup d’armes pour faire un certain nombre de décisions, pour changer l’environnement économique et social, pour changer la façon dont les décisions sont prises. Le problème est qu’il ne les assume plus, il est paralysé par la peur. Or, face à cette peur, on retrouve des structures privées, notamment les grandes entreprises très puissantes qui s’imposent aux pouvoirs publics, et les seuls états en capacité de leur résister sont des états non-démocratiques. Il faut donc absolument que les états démocratiques puissent être en mesure de valoriser la décision et de se responsabiliser.

La bonne décision implique une stratégie. C’est un des gros problèmes des décideurs publics en général puisqu’ils n’en ont pas. Par exemple, donner des objectifs pluriannuels du déficit français, ce n’est pas une stratégie. Lorsqu’on construit un plan stratégique dans une entreprise, on détermine les secteurs où l’entreprise entend devenir un leader. C’est seulement ensuite que l’on établit le plan d’action pour y parvenir et qu’on cible des objectifs chiffrés. En France, c’est l’inverse : on donne des objectifs chiffrés en disant que le déficit va de -5.3% à -3.2% à -2.1%, mais on n’a pas de vision. Or la bonne décision s’accompagne, et même, se précède d’une vision. »

 

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